Lille, Leipzig, Liverpool... et peut-être davantage encore ? Sur décision du Racing Club de Lens (déplacement à Lille) et de la Commission de discipline de l'UEFA (déplacements à Leipzig et à Liverpool), les tribunes visiteurs du stade Pierre Mauroy, du Zentralstadion et d'Anfield Road seront fermées lorsque les joueurs de Yannick Cahuzac y évolueront. La conséquence du mauvais comportement d'une minorité de fans du Racing à Prague, à Troyes et à Bruges.
Le déplacement en Angleterre s'annonçait comme le plus massif, 3 000 supporters lensois pouvaient espérer obtenir une place. Le spectacle en tribune aurait pu être magnifique, les Anglais chantant "You'll Never Walk Alone" avant le coup d'envoi, les Français "Les Corons" à la mi-temps. Les Sang et Or y marcheront pourtant seuls.
Le RCL a réagi à ces interdictions de déplacement dans un communiqué publié sur son site officiel. Difficile d'abonder dans le sens des dirigeants du club.
Tous dans le même sac !
Dans son communiqué, le RCL ne dit rien des supporters qui respectent les règles et qui, une fois encore, sont punis à cause des agissements de quelques-uns. Le club évoque, au sujet des incidents de Bruges, "une décision collective et concertée [qui] avait été prise en amont de la rencontre de recourir à l'usage d'engins pyrotechniques (132 ont été référencés dans le rapport UEFA)". Rien ne permet d'affirmer que l'ensemble des associations de supporters a participé à l'organisation ou à la réalisation des débordements au stade Jan Breydel. Parmi les 1 470 Lensois présents dans la tribune sud, tous ne se sont pas mal comportés et tous n'étaient d'ailleurs pas membres d'un groupe de supporters. Il y avait là des membres de différentes sections mais aussi des indépendants auquel le RCL avait commercialisé un contingent de places sur sa billetterie en ligne.
Le Racing a parfaitement conscience de l'innocence d'une partie de la tribune. Six jours après la rencontre disputée outre-Quiévrain, il n'a convié que quelques associations ("les associations ultras ou apparentées" indique le journal L'Équipe) pour une mise au point. Pourtant, lorsqu'il s'agit de dénoncer ou de sanctionner, le club met tout le monde dans le même sac... tout en affirmant être "attaché au principe selon lequel les sanctions individuelles doivent, autant que possible, prévaloir".
Silence sur les incidents de Troyes
Dans son communiqué, le Racing rappelle les conséquences des fumigènes allumés à Prague ("le RC Lens se trouvait sous le coup d'un strict sursis de fermeture de parcage en Ligue des Champions, faisant peser sur l'ensemble de ses supporters le risque de nouvelles sanctions") et évoque ceux de Bruges. Il n'a en revanche aucun mot sur les incidents de Troyes. Or, la rencontre disputée dans l'Aube a elle aussi été arrêtée en raison de l'usage de fumigènes, ce qui devrait valoir au club une nouvelle sanction de la part de la Commission de discipline de la LFP.
L'explication est donnée dans le communiqué : "les actes commis à Bruges relèvent d'une pyrotechnie dangereuse et hostile, caractérisée notamment par des jets en direction du terrain et de supporters dont les PMR sang et or directement touchés ainsi que l’usage de pétards qui ont blessé un stadier. Cette situation dépasse largement le cadre des animations qui peuvent parfois accompagner l'expression populaire dans les tribunes. Une ligne rouge a été franchie. Cette ligne n'avait rien d'implicite. Elle avait été définie conjointement par le club et des groupes de supporters à l'issue d'échanges menés la saison dernière, à la lumière d'incidents intervenus précédemment à Metz, Lille, Londres ou encore Reims. Les engagements alors pris conjointement reposaient sur un principe simple : jamais la sécurité des personnes, des acteurs du jeu ne devait être mise en danger."
En insistant sur la seule "pyrotechnie dangereuse et hostile", le Racing semble établir une distinction entre les usages de fumigènes selon leur dangerosité et leurs conséquences. Mais cette distinction interroge : l'introduction et l'utilisation d'engins pyrotechniques sont interdites par le Code du sport ainsi que par les règlements intérieur des stades de Ligue 1 (celui de Bollaert souligne ainsi que l'accès à l'enceinte est interdit aux "personnes en possession d’engins pyrotechniques ou substances inflammables, volatiles ou
explosives (notamment et à titre non limitatif : torches, pétards, explosifs, bombes fumigènes, et, plus généralement, tous les articles pyrotechniques dont l’allumage, la projection ou l’éclatement peuvent être générateurs d’accident tant pour le détenteur que pour les tiers"). Pourquoi le club définit-il une "ligne rouge" liée à la dangerosité des actes alors que l'interdiction de ces engins ne dépend pas de la survenue d'un accident ?
Dresser une "ligne rouge" est donc incompréhensible de la part d'un club régulièrement condamné à payer des amendes car une partie de ses supporters utilise des fumigènes. La seule ligne défendable est celle de la loi.
Quelles mesures pour faire respecter les règles ?
Le Racing "réaffirme avec la plus grande fermeté que l'accès au stade ne peut s'effectuer le visage dissimulé sous une cagoule. Il annonce également qu'à l'avenir, chaque fois que les circonstances le permettront, des plaintes nominatives seront systématiquement déposées en lieu et place de plaintes contre X." "Se camoufler le visage de manière à ne plus être reconnaissable" fait partie des comportements interdits à Bollaert comme dans les autres enceintes de Ligue 1. Quelles mesures le RCL a-t-il prises jusqu'à présent pour empêcher que certains supporters dissimulent leur visage ? Compte-t-il désormais demander à ses stadiers d'intervenir lorsqu'une personne se cachera le visage pour ne pas être identifiée par la vidéosurveillance ? Compte-t-il également prendre des mesures à l'encontre des associations dont le matériel - drapeaux et étendards notamment - est utilisé pour dissimuler le visage de certains supporters (voir notre article Craqueurs payeurs ?) ?
Enfin, les dirigeants lensois invitent "l'ensemble des groupes de supporters agir au sein de leurs propres rangs afin de faire respecter les règles qui conditionnent la sécurité de tous et la préservation de notre modèle de soutien populaire." Le club est là dans son rôle. Certaines associations mènent déjà ce travail et leurs membres ne posent pas problème en tribune. Mais comment le Racing peut-il attendre d'une association qui revendique l'usage des fumigènes qu'elle convainque ses membres de renoncer à cette pratique ? Le Racing Club de Lens ne peut pas se contenter de rappeler les règles : il doit aussi contribuer à leur respect dans les tribunes. Cela suppose de prendre des mesures adaptées à l'encontre des supporters impliqués dans des incidents, notamment en prononçant, lorsque les conditions sont réunies, des interdictions commerciales de stade. Le club pourrait également revoir la répartition des places en déplacement, en tenant compte du comportement constaté des associations et de leurs membres. L'objectif doit être clair : responsabiliser les auteurs des débordements sans pénaliser indistinctement tous les supporters.
Lance
Photo : RMC