La colère monte

Publié le par Lance

"Ça grince déjà un peu parmi les supporters", pouvait-on lire dans La Voix du Nord quelques jours après le match contre Troyes (23ème journée). Ce soir là, une partie du public s'en était pris aux joueurs par des "Lensois, bouge ton cul" mais aussi à l'entraîneur. Le nom de Casanova avait pour la première fois été sifflé quelques minutes avant le coup d'envoi de la rencontre, lors de l'annonce de la composition des équipes, puis son départ avait été réclamé à la fin d'un triste 0-0 (voir notre article "Casanova casse-toi").

L'arrivée de l'ancien entraîneur de Toulouse dans le Pas-de-Calais, en juin, n'avait pas soulevé un enthousiasme particulier. Le jeu qu'il avait mis en place sur les bords de la Garonne avait endormi les spectateurs du Stadium et le même phénomène était redouté dans l'enceinte artésienne. La philosophie de jeu de Casanova a rapidement lassé les supporters lensois. Bollaert n'est pas habitué à ce jeu de possession et n'y aspire pas. Faire tourner le ballon sans provoquer le danger chez l'adversaire est non seulement pas spectaculaire mais en plus pas efficace. Le Racing a rarement séduit depuis le début du Championnat et n'a pas encore livré de "match référence". L'absence de progrès, des compositions d'équipes qui ne convainquent pas mais sont souvent reconduites match après match, des changements de joueurs trop rares et trop tardifs, la mise à l'écart de trop nombreux joueurs et une mauvaise communication (voir nos articles Comme une incompréhension et Le Top 10 des mauvaises excuses de Casanova) sont d'autres reproches faits à un entraîneur de plus en plus contesté.

Casanova conserve sa place malgré la très mauvaise série de résultats (quatre défaites, deux nuls, une victoire lors des sept dernier matches, toutes compétitions confondues). Il le doit essentiellement au rythme lent adopté par la plupart des autres candidats à la montée. "Mis à part Brest qui a quelques points d’avance, il y a beaucoup d’irrégularités dans le championnat, observait l'ancien gardien de but hier face à la presse. Il y a un manque de constance sinon les équipes se seraient envolées. On s’aperçoit que les cinq équipes qui sont en tête ont un minimum de six défaites. C’est compliqué pour tout le monde."

Les supporters lensois sont déçus depuis le début de saison et en colère depuis un peu plus d'un mois. Dans ce contexte, n'importe quel événement peut devenir explosif. Les gestes* de Kévin Fortuné et de Abdellah Zoubir après leur but contre Clermont ont été condamnés par une banderole à Orléans ("Zoubir, Fortuné, ne prenez pas le melon, vous avez juste battu Clermont"), les tweets de Habib Habibou saluant la victoire du PSG contre Barcelone ont été à l'origine de sifflets et d'insultes lors de sa première apparition sous le maillot Sang et Or (le joueur ne pourrait donc pas se féliciter d'un exploit de son club formateur ?) et la sixième défaite de la saison en Ligue 2 a provoqué quelques incidents à la sortie du Stade de la Source (insultes et jets de boissons lorsque les joueurs ont regagné leur bus).

Gervais Martel a demandé à chacun de reprendre ses esprits et de jouer son rôle. "Un joueur qui fait un geste déplacé, c’est répréhensible, tout comme un supporter qui va trop loin. Il faut que tout le monde se calme. [...] Je n’excuse rien de ce qui s’est passé à Orléans, mais là on est dans une frustration collective qui dépend surtout des résultats. Mon entraîneur, mes joueurs n’ont pas lâché, et le public non plus. Contre Clermont, quand on a été menés, ils nous ont aidés. On est ensemble, dans la même barque, et on doit se remettre dans le sens de la victoire. Il n’y a rien qui soit irrattrapable." Alain Casanova est, lui, moins affirmatif et ne semble pas dérangé à l'idée que tout le monde puisse ne pas être dans le même bateau. "Que les gens soient avec nous, ce serait la meilleure des choses. Mais s’ils ne le sont pas, on va quand même tout faire pour monter. [...] Je ne veux pas faire d’amalgame. Cette impatience est peut-être encore plus caractérisée par une petite frange. J’ai assez d’expérience pour savoir que parfois, il peut y avoir certains débordements regrettés par ceux qui les commettent. Je pense qu’il y a une grande partie du public qui est avec l’équipe. L’autre partie est là quand les choses vont bien. Quand elles vont moins bien, j’ai l’impression que les émotions sont difficiles à gérer." Ce n'est pas complétement faux mais ce n'est assurément pas le meilleur moyen d'obtenir l'union sacrée, demain contre Valenciennes...

Lance

* Réactions de Fortuné et de Zoubir contre Clermont (source : Quentin Dagbert, Twitter).

Photo : La Voix du Nord

Publié dans Humeur