Le 5-3-2 pose toujours question

Publié le par Lance

Le 5-3-2 pose toujours question

Arrivé en juin à Lens après vingt-trois ans passés à Toulouse (trois saisons comme joueur, treize comme entraîneur adjoint, près de sept comme entraîneur principal), Alain Casanova a emmené dans ses bagages le 5-3-2 qu'il avait instauré en Haute-Garonne. Avouant que "c'est un système qui [lui] plait bien" et tentant de faire croire qu'il a "aussi tenu compte du profil des joueurs", principalement "des défenseurs centraux de qualité" et "des pistons capables d'avoir de grandes capacités en contre-attaques, tels que Lala ou Scaramozzino, voire les deux jeunes Ebosse et Zedadka", le technicien a mis en place ce système et a choisi de ne pas en travailler d'autres durant la préparation estivale (voir notre article Un unique schéma de jeu).

Le 5-3-2 - car il s'agit bel et bien d'un 5-3-2 et non d'un 3-5-2 comme l'évoque Casanova - a laissé sceptique les observateurs durant les matches amicaux de juillet et n'a pas davantage convaincu lorsqu'il a été utilisé en compétition officielle, à Niort, contre Tours puis contre le Paris FC (voir nos articles Lens a encore beaucoup de travail, Quelle crédibilité pour le projet de jeu lensois ? et Quel ennui...). Même si le Racing effectue un début de saison médiocre, c'est dans un système à quatre défenseurs qu'il a laissé entrevoir le plus de possibilités.

Casanova persiste pourtant. Le passage temporaire en 4-3-3 contre Ajaccio en Coupe de la Ligue puis lors des trois matches de Championnat suivant s'est fait "suite aux absences et aux blessures des défenseurs centraux" (Cvetinovic et Fofana sont blessés, Landre est écarté jusque la fin du marché des transferts), a expliqué Casanova. Lorsqu'il a choisi de faire appel à de nombreux joueurs de l'équipe réserve pour affronter le Paris FC en Coupe de la Ligue, il est revenu à une défense à cinq. Sauf bonne surprise, il devrait en faire de même en septembre, une fois le cas de Landre réglé et les joueurs actuellement blessés de retour sur les pelouses.

Certains joueurs ont reconnu que la maîtrise du système de jeu voulu par Casanova s'avérait compliquée. "On comprend vite mais ce n’est pas si simple que cela et on n’est pas nombreux à connaître ce système, a indiqué Mathias Autret, actuellement hors du coup quel que soit le système. Il faut être concentré et avoir envie de l’apprendre. [...] Le 4-3-3 est un système que l’on connaît plus que le 3-5-2. C’était facile de se remettre dedans." "Ça a été un peu compliqué au début mais les automatismes se font tout seul petit à petit", estime Benjamin Bourigeaud.

Afin de favoriser la maîtrise de son système et faciliter l'intégration des jeunes joueurs en équipe première, Alain Casanova a imposé le 5-3-2 dans les différentes équipes du RCL. Entraîneur de l'équipe réserve, Éric Sikora n'avait pas semblé particulièrement enthousiaste à l'idée de faire jouer son équipe ainsi et n'avait pas manqué d'insister sur les dangers qui guettaient. "C'est un système différent. On va devoir travailler les automatismes avec les joueurs. Même si l'on avait déjà évolué quelques fois comme ça – très rarement – cela avait bien fonctionné. Mais ce n'est pas évident. C'est une question d'attention, de réflexion. Et puis c'est aussi bien pour les joueurs d'évoluer dans un autre système. Mais encore une fois, être dans un 4-4-2 ou un 4-2-3-1, et passer à trois défenseurs avec des pistons, ce n'est pas toujours évident à gérer, surtout pour les trois centraux. C'est un système ambitieux. Après, cela dépend si l'on joue à trois ou à cinq derrière. C'est selon la configuration du match. Cela permet d'avoir du monde et d'aller presser haut. Les latéraux peuvent plus facilement monter. Il y a beaucoup de points positifs. Après, comme dans tout système, tu peux être vulnérable sur certains coups. C'est pourquoi il faut bien le travailler pour éviter ce genre de difficultés."

Hier contre Saint-Maur, Sikora a évidemment fait jouer son équipe en 5-3-2. Composée de Sylla, Milville, Wojtkowiak, Robert et Ébosse, la défense était identique à celle alignée quatre jours plus tôt en Coupe de la Ligue. Lens a ouvert le score grâce à un but de Teddy Chevalier, à la conclusion d'un contre. Saint-Maur dominait les débats et le 5-3-2 affichait les mêmes défauts que ceux vus en équipe première, notamment une multiplication des passes entre les défenseurs, des défenseurs latéraux souvent trop bas mais laissant des espaces dans leurs dos à la moindre montée pour la plus grande joie des adversaires. Si, contre le Paris FC, Casanova avait maintenu ses joueurs en 5-3-2 durant 90 minutes (il est vrai qu'il avait vu dans le néant proposé "le jeu que l'on veut pratiquer"), Sikora n'a pas hésité. Alors que le score était de 1-1, l'entraîneur de l'équipe réserve a choisi de modifier l'organisation de son équipe et de la faire jouer en 4-2-3-1. Valentin Wojtkowiak a alors quitté la défense pour évoluer en milieu défensif aux côtés de Guillaume Beghin, Mounir Chouiar, Teddy Chevalier et Abdelrafik Gérard formant la ligne de trois derrière Simon Banza. Le Racing s'est au final incliné 1-3. L'abandon du 5-3-2 décidé par Sikora dès la vingt-huitième minute de jeu, sous les yeux de Casanova, renforce cependant les questions qui se posaient déjà sur les bienfaits de ce schéma tactique...

Lance

Publié dans Humeur