Nous sommes allés à Charléty

Publié le par Lance

"Un arrêté ministériel interdit actuellement le déplacement des supporters visiteurs dans les stades de football", lisait-on dans les colonnes de La Voix du Nord samedi ; le même jour, L’Équipe évoquait une "interdiction de déplacement pour les visiteurs [...] en raison de l'état d'urgence" et la plupart des médias faisaient de même. Aucun arrêté n'a pourtant été pris pour interdire l’ensemble des supporters de se déplacer. L'arrêté signé par Bernard Cazeneuve le 27 novembre interdisait en fait "le déplacement individuel ou collectif, par tout moyen, de toute personne se prévalant de la qualité de supporter du club en déplacement ou se comportant comme tel [...] entre le département du siège de ce club [...] et la commune dans laquelle est implantée le stade où se déroule la rencontre". Vendredi, le déplacement était donc interdit entre le Pas-de-Calais et Paris.

Nous sommes allés à Charléty

Habitant le département du Nord, nous avons donc décidé de nous rendre au Stade Charléty... sans couleurs Sang et Or. À peine arrivés devant l'enceinte, un groupe de quatre ou cinq policiers vient vers nous. "Vous venez voir le match ? Vous soutenez quel club ?" nous demande l'un d'eux, de façon assez agressive, alors qu'un autre nous ordonne de présenter nos papiers. Sentant le piège, nous lui indiquons que nous venons en amateur de foot. Le lieu de résidence inscrit sur nos cartes d'identités fait immédiatement de nous des supporters du RCL : "Les supporters lensois n'ont pas le droit d'être là. Suivez-nous."

Direction l'angle du Boulevard Kellermann et de l'Avenue Pierre de Coubertin où plusieurs fourgons de police sont garés. Des supporters lensois ont été arrêtés et sont présents dans l'un d'eux. Une policière souhaite que nous y montions également. Nous lui expliquons que nous sommes venus voir le match car aucun texte ne nous l'interdit et souhaitons lire avec elle l'arrêté, que nous avions pris soin d'emporter. "Je le connais", affirme-t-elle. Elle ment. Comme tous les membres des forces de l'ordre présents autour du stade, elle fait appliquer un texte qu'elle ne connaît pas... et le fait donc très mal. Après quelques minutes d'explications de texte, des policiers tentent de justifier la raison pour laquelle ils veulent nous arrêter. "Le Nord c'est en haut, le Pas-de-Calais c'est en-dessous, vous avez donc traversé le Pas-de-Calais pour venir." Non, le département du Nord est à l'est, celui du Pas-de-Calais à l'ouest et il est donc possible d'aller du Nord à l'Ile de France sans passer par le Pas-de-Calais. "Il y a une réforme administrative en ce moment" avance un autre, qui confond les régions et les départements, quasiment inchangés depuis la Révolution française. "Lens, c'est dans le Nord ou dans le Pas-de-Calais ?" s'interroge un troisième.

La discussion s'éternise. Nous menaçons de porter plainte devant le tribunal administratif si nos droits ne sont pas respectés. Les agents de police décident alors de nous rendre nos papiers d'identité en nous menaçant : "si vous essayez d'entrer dans le stade, vous serez placés en garde à vue". "Pour quelle raison ?" demande-t-on, sans obtenir de réponse.

Nous nous éloignons un peu de Charléty pour y revenir quelques dizaines de minutes plus tard. Cette fois, nous ne sommes pas contrôlés et pouvons donc franchir les grilles du stade. D'abord restés prudents et donc discrets, les supporters lensois se manifestent sur le but et davantage encore en fin de rencontre. Ils représentent une part non négligeable des 3 835 spectateurs (deuxième affluence de la saison à Charléty derrière le derby contre le Red Star).

Nous sommes allés à Charléty

Environ trente-cinq supporters ont en revanche passé la soirée au commissariat pour avoir voulu assister à un match de foot de leur équipe. Soit ils venaient du Pas-de-Calais et tombaient sous le coup d'un arrêté inacceptable ; soit ils venaient d'un autre département et n'ont pas réussi à faire respecter leurs droits.

Le ministre de l'Intérieur justifiait notamment son arrêté par le fait que "les forces de l'ordre sont particulièrement mobilisées pour faire face à [la menace terroriste] sur l'ensemble du territoire national" et "ne sauraient être détournées de cette mission prioritaire pour répondre à des débordements liés au comportement de supporters dans le cadre de rencontres sportives". Les forces de l'ordre étaient pourtant en nombre, vendredi autour de Charléty. Pas pour encadrer les supporters mais pour les arrêter.

Lance et FatherTom

Publié dans Humeur