Arrêtez les arrêtés !

Publié le par Lance

Comme en Mars 2014, Nacer Meddah a publié un arrêté préfectoral dans lequel il "interdit à toute personne se prévalant de la qualité de supporter du RC Lens ou se comportant comme tel, d'accéder au Stade Saint-Symphorien et de circuler ou de stationner sur la voie publique" dans un périmètre proche de l'enceinte sportive et de la gare.

Arrêtez les arrêtés !

Par cet arrêté, la France prive donc d'honnêtes citoyens de leurs libertés de circulation et de réunion. Une mauvaise habitude. Rares sont désormais les week-ends lors desquels des supporters ne sont pas victimes d'une injustice les privant de leur passion.

Le Préfet de Moselle reconnaît que "la mobilisation des forces de sécurité, même en nombre importante, n'est pas suffisante pour assurer la sécurité des personnes, et notamment celle des supporters eux-mêmes". Un bel aveu d'échec pour celui qui est aussi Préfet de la zone de défense et de sécurité Est. S'il ne s'estime pas capable de faire face au déplacement de quelques centaines de supporters lensois parmi lesquels se cachent quelques dizaines de délinquants, les Français peuvent s'inquiéter face aux réels dangers auxquels est confronté le pays...

Monsieur Meddah justifie sa décision par "le caractère répété d'événements de nature à troubler l'ordre public" lors des rencontres opposant le FC Metz au RC Lens, "la forte rivalité et le contentieux permanent opposant les supporters ultras des deux clubs depuis plusieurs années" (des incidents de décembre 2011, septembre 2013 et novembre 2014 sont cités).

Le Préfet argumente également son choix par la décision de la LFP "de ne réserver aucune place aux supporters du RC Lens" pour cette rencontre (voir notre article Et ça continue !) et par l'arrêté du Préfet de Somme "portant interdiction [aux supporters messins] de stationnement et de circulation sur la voie publique et d'accès au Stade de la Licorne à Amiens" à l'occasion du match aller. Avec de tels arguments, on tourne en rond. Une bonne façon de ne jamais régler le problème. Et d'interdire à nouveau de déplacement Lensois et Messins la saison prochaine, à l'occasion des matches entre Sang et Or et Grenats?

Depuis l'arrêté de mars 2014 interdisant aux supporters lensois de se rendre à Saint-Symphorien pour le match au sommet de LIgue 2 entre le FCM et le RCL, qu'ont fait Messieurs Valls (Ministre de l'Intérieur jusqu'au 31 mars 2014 et Premier ministre depuis), Cazeneuve (Ministre de l'Intérieur depuis le 2 avril 2014), Boutonnet (commissaire à la tête de la division nationale de lutte contre le hooliganisme) et Meddah pour régler le problème de la violence dans les stades ? Incapables d'empêcher des délinquants de pénétrer dans les enceintes sportives, ils semblent aujourd'hui se contenter d'une politique faisant de l'ensemble des supporters de football des sous-citoyens auxquels des libertés fondamentales sont retirées.

Beaucoup restent fort heureusement scandalisés par de telles décisions. Comme ils l'avaient par exemple déjà fait en début de saison, à l'occasion du déplacement à Bastia interdit aux Lensois, les Tigers - dont un responsable a reconnu l'implication de certains de leurs membres lors des incidents à Caen* mais dont la majorité respecte la loi - ont décidé de contester devant la justice l'arrêté préfectoral et la décision de la LFP. En revanche, s'il regrette que "les gentils payent toujours pour les méchants", Pierre Pernet (président du 12 Lensois) dit comprendre la décision du Préfet de Moselle. "Nous prenons la décision comme elle vient et nous n’allons pas la contester. À un moment, il faut reconnaître nos torts. Nous ne sommes pas tout blanc dans l’affaire. Oui, c’est malheureux, des supporters voulaient se rendre en Moselle. Maintenant, regardez la situation actuelle. Nous ne parvenons même plus à dépasser la barre des 7 500 fans à Amiens. Si encore il y avait la motivation totale des troupes. Mais elle se trouve beaucoup moins importante." Difficile de partager un point de vue fataliste et résigné face à une injustice. Seuls les responsables d'incidents doivent être sanctionnés et la baisse de l'affluence à Amiens ne peut être un argument pour empêcher les plus fidèles d'encourager leur équipe dans tous les stades où elle joue. Même si un seul supporter souhaitait effectuer un déplacement, il devrait en avoir le droit s'il n'avait pas personnellement été impliqué dans des actes méritant une interdiction de stade.

Lance

* "C'était bien le fait de quelques uns de chez nous", a indiqué Pierre Bouchind'homme dans le journal But ! Lens d'avril.

Publié dans Humeur