Martel : "J'en veux à Mammadov"

Publié le par Lance

Martel : "J'en veux à Mammadov"

Gervais Martel a longtemps protégé Hafiz Mammadov. Depuis la fin du mois de janvier, le président lensois lâche peu à peu son actionnaire. Il n'avait jamais encore été aussi clair que dans une interview accordée à But ! Lens, dont nous publions des extraits.


Hafiz Mammadov, un actionnaire incapable de tenir ses engagements

« Force est de constater que depuis le mois de juin 2014, je me suis débrouillé seul ou presque... C'est simple : depuis un an, tout ce qui est arrivé comme argent dans les caisses du club, directement ou indirectement, n'est pratiquement pas venu de l'actionnaire majoritaire. Il y a d'abord eu l'apport d'un partenaire, Sportfive, pour passer l'écueil du CNOSF l'été dernier,sous la forme d'une avance de 5 M€. Et puis il y a eu des interventions à droite et à gauche en Azerbaïdjan, qui ont permis des versements du Baghlan Group mais ne provenaient pratiquement pas d'Hafiz Mammadov. [...] Nous avons reçu le 9 décembre 2014, les derniers 2,5 M€ sur les 4M€ promis en juin. Cela signifie que nous avons rempli notre contrat avec le DNCG avec cinq mois de retard. Malgré cela, j'étais encore persuadé, notamment par rapport à ce que Hafiz Mammadov me disait au travers de mes nombreux voyages à Bakou, qu'il n'y aurait pas de problèmes pour verser au mois de janvier la seconde parie de ses engagements. Et là aussi, force est de constater qu'on est arrivé à la fin du mois de janvier 2015 et qu'on n'avait toujours pas les 14 M€. Il m'avait dit qu'il y aurait un versement de 4 M€ fin janvier et deux autres de 5 M€ en février et mars. Au moment où je vous parle, rien n'a été versé. Je pense qu'il n'y a pas de mauvaise volonté de sa part. Que ce soit clair pour tout lemonde ! Il y a simplement qu'entre dire "Je vais verser" et "Je ne peux pas verser", il y a une grande différence. Or la réalité, c'est qu'il ne peut pas verser. »


Des difficultés imprévisibles ?

Pour le président du RCL, les difficultés ont commencé « au moment où Hafiz vient à la DNCG en juin, c'est là qu'il s'engage à verser 4 M€ puis 14 M€. Comment aurait-on pu prévoir ce qu'il s'est passé ? Non, franchement, on n'a vu aucun signe ! Sur la saison 2013-14, il s'était engagé à verser 20 M€. Or, les fonds ont été versés à la date du 23 mai, alors qu'il avait jusqu'au 30 juin pour le faire. Donc il avait respecté scrupuleusement ses engagements. On n'avait aucune raison, en remontant en Ligue 1, de penser qu'il aurait des difficultés. »

« Je suis entre le marteau et l'enclume. Et je lui en veux, à Hafiz. Certes, j'ai du respect pour lui en tant qu'homme. Mais je lui en veux de ne pas m'avoir dit à un moment donné : "Gervais, je ne vais pas pouvoir y aller !" Bien sûr que s'il l'a fait, c'est parce qu'il était persuadé qu'à un moment donné, il allait trouver la solution. Mais il nous a quand même mis dans une situation invraisemblable. Je le répète, c'était impossible de prévoir. [...] Le Crédit Agricole, qui a vendu le club à Hafiz Mammadov, ne lui a quand même pas cédé sans prendre les renseignements nécessaires. C'est une évidence. Aujourd'hui, il y a encore de l'argent à donner au Crédit Agricole sur les droits télés dans les années à venir. Tout ça a été fait en pleine connaissance de cause. »


La construction du budget 2014-15

Si Mammadov a rempli des obligations en 2013-14 et que Gervais Martel affirme qu'il ne pouvait deviner les problèmes qui se produirait, il semble que l'homme d'affaires azerbaïdjanais éprouvait déjà des difficultés lors du premier semestre de l'année 2014.

« Les gens parlent et critiquent des chiffres qu'ils ne comprennent pas. Le budget du club a toujours été bien fait. D'abord, je rappelle qu'il a été proposé à Mammadov pour la saison 2014-15 dès le mois de février 2014. Avec l'ensemble des dirigeants, on s'était rendu en Azerbaïdjan. Au mois d'avril, on lui avait refait une proposition sur laquelle Hafiz voulait même qu'on rajoute 10 M€ de recrutement pour avoir une meilleure équipe et jouer les six premières places. Je l'avais un peu calmé en lui disant : "Écoute, il me semble que c'est déjà compliqué pour toi de verser de l'argent donc on ne va pas mettre 10 M€ en plus, c'est hors de question". On a donc avalisé un budget avec une masse salariale qui était à peu de choses près dans la moyenne de ce qui se fait en ligue 1 pour finir aux alentours de la dixième ou douzième place. Il a validé ! Ce n'est tout de même pas moi, actionnaire ultra-minotitaire, qui allait prendre la décision finale ! C'est donc précisément le budget qu'on a déposé en mai devant la DNCG. »

Les statuts de RCL holding prévoient en effet (voir article Martel et Mammadov dans l'impasse ?) que « Le président ne pourra accomplir seul les actes ou opérations suivantes [...] : la détermination du budget annuel de la société ou de ses filiales. »


Un budget trop ambitieux ?

Luc Dayan a expliqué qu'un budget moindre aurait permis d'échapper à une interdiction de recrutement. Gervais Martel affirme le contraire.

« J'en ai parlé avec lui : "Lorsque tu as présenté le budget de l'année dernière [2012-13], le Crédit Agricole a mis sa signature parce que ce n'est pas toi qui amenais l'argent. C'est bien le Crédit Agricole." Eh bien moi, c'est pareil. On a fait un budget qui n'est pas un budget de malades mentaux. C'est un budget de masse salariale à 12,5 M€ (salaires d'environ 30 000 - 40 000 euros avec des primes fortes en cas de résultats), extrêmement logique en remontant d'une Ligue 2 où on avait 7 M€ de masse salariale. Ça fait donc 5,5 M€ de plus et, avec les charges,ça fait 9 M€. Or, cette année, on aura au minimum 10 M€ de droit télé. Alors, où est le problème ? Si on était parti sur un budget à 7 M€, la DNCG aurait quand même demandé, car elle l'avait déjà exigé, à Hafiz les 4 M€ de garanties. Donc ça ne changeait rien au problème. On a fait un budget qui était logique. Vous savez, j'ai gardé tous les courriers entre le Bahglan Group et la DNCG. Si un jour quelqu'un veut s'amuser à faire un débat avec moi, il n'y a aucun problème. Je suis prêt à venir avec tous les papiers et tout prouver. »


La masse salariale du personnel administratif

France 3 Nord-Pas-de-calais a étudié les comptes du RCL (voir article Ce que disent les derniers comptes publiés). Une augmentation de 322% des salaires du personnel administratif y était mentionnée.

« Quand on fait des comparaisons complètement débiles entre des frais de personnels différents d'une année sur l'autre, je m'agace car il faut comparer ce qui est comparable. Moi, je n'ai personne au club qui est payé en free lance, c'est à dire en notes d'honoraires. L'année dernière, il y avait sept personnes qui étaient payées de cette façon. Or, en free lance, ça passe dans la colonne honoraires et non pas en frais de personnels. Depuis mon retour au club, tous les gens sont payés en étant salariés du RC lens. Donc, il faut arrêter de dire qu'il y a plus 800% de frais de personnels avec Gervais Martel et tous les sous-entendus totalement erronés que cela implique. »

Selon But! Lens, « Luc Dayan (président) et Gérard Lévêque (cost-killer), notamment, facturaient, sous l'ère du Crédit Agricole, leurs prestations au RCL au travers de leurs sociétés respectives. »


L'avenir avec quel actionnaire ?

« Mon rôle est d'assurer l'avenir du RC Lens et ce quelle que soit la situation sportive. Et pour cela, il faut de l'argent. [Il faut] repartir avec un club qui puisse financièrement aborder les trois, quatre, cinq prochaines années en ligue 1, je l'espère, ou en Ligue 2, s'il le faut. »

« Il y a trois scénarios et l'affaire doit être réglée avant la mi-mars. Je dois préparer mes budgets et les envoyer à la DNCG. Je dois travailler sur toutes les solutions : si on est en Ligue 1 et très vraisemblablement en Ligue 2. C'est énormément de travail. Première solution : miracle, Hafiz Mammadov paye. Deuxième solution : quelqu'un d'Azerbaïdjan prend sa place avec tous les éléments chiffrés que j'ai donnés là-bas, c'est-à-dire qu'il arrive avec les 14 M€ plus les besoins pour la saison prochaine si on est en Ligue 1 et des besoins supplémentaires si on est en Ligue 2. Troisième solution : Hafiz Mammadov rend ses parts et à nous de faire entrer quelqu'un qui prendra 100% du club et qui assumera ce que je viens de vous dire en trésorerie. »

« Lors de ma dernière visite à Bakou, j'ai dit à Hafiz Mammadov : "On constate que tu ne peux pas payer, Hafiz. mais comprends nous, on ne peux pas laisser mourir le club. Même si tu as des difficultés, on compatit avec toi mais on ne veut pas mourir avec toi. Il va donc falloir trouver une solution pour que tu cèdes tes parts". Je lui ai alors remis un document préparé par mes juristes pour qu'il puisse me les céder. [...] Je lui ai donné une dead-line. Je lui ai dit : "On arrive au bout du bout. Aujourd'hui, tu ne peux plus promettre sans tenir. Et s'il n'y a pas de solution avant mi-mars avec toi ou en interne au pays, il faut que tu autorises un autre investisseur à rentrer. Et pour ça, il faut que tu rendes tes parts". Donc, aujourd'hui, il le sait. Sur le coup, il a été vexé ! Il m'a dit : "Gervais, tu plaisantes, j'ai mis 23 M€". Je lui ai répondu : "C'est comme si tu sauvais quelqu'un de la noyade et que trois mois après, tu le croises sur un passage clouté et que tu l'écrases". Ça l'a fait moyennement rire. Mais c'est tout à fait ça.. [...] Il m'a dit ; "je ne suis pas quelqu'un de malhonnête. Si je ne peux pas payer à la dernière limite, je rendrai mes parts. Sa réponse a été claire. »


L'avenir avec quel président ?

« Le club va continuer avec ou sans moi, ça n'a aucune importance. [...] Je ne vais certainement pas me barrer comme un voleur. J'ai passé l'âge. Je suis revenu au RC Lens car je savais que derrière, il n'y avait pas de plan B. Et je me suis donc dém... pour trouver un plan A. C'est clair ? Je suis revenu car j'avais honte que mon club ait été trois ans en Ligue 2. [...] Je suis revenu pour que Lens retrouve la place qu'il n'aurait jamais dû quitter. C'est un club exceptionnel et qui reste exceptionnel. Qui a des atouts invraisemblables. Je ne suis pas revenu pour dire coucou, planter le club, le mettre en dépôt de bilan et repartir comme un voleur. »


La contestation

Manifestation "On veut la Ligue 1" cet été, création du Collectif 2.0, interventions de Guy Delcourt : exceptée contre Metz ou à Caen, la contestation ne vient pas d'associations de supporters mais de personnes engagées dans la politique locale. Cela ne plaît pas au président lensois, qui les accuse d'agir par intérêts personnels.

« Aujourd'hui,il y a des associations qui se créent... Je n'ai rien contre elles mais je remarque qu'on y trouve des gens liés à des milieux politiques, et liés les uns et les autres. Ils sont tous liés ! Je vous donnerai les noms à un moment donné. Mais quand des gens interviennent et qu'on s'aperçoit qu'ils étaient sur telle et telle liste aux dernières élections, ça laisse songeur. Vous savez, c'est bien le RC lens pour exister. C'est une belle vitrine. Sauf qu'à un moment donné, on se fout de la gueule des vrais supporters. Les purs et durs, ce qu'ils attendent, c'est d'avoir de la sérénité et du calme. Je n'ai malheureusement pas pu leur donner cette sérénité et ce calme sur l'aspect financier. J'ai donné le maximum de ce que je peux faire de ma vie. Et je ne vais rien lâcher, pas un centimètre dans les semaines à venir. Mais il faut qu'on arrête aujourd'hui avec les gens qui utilisent le Racing Club de Lens pour faire passer leurs messages, leurs coups de gueule, leur image ou pour développer je ne sais quoi. Parce qu'à un moment donné, on sera obligé d'avoir des actions qui seront ciblées et précises dans le respect de la justice mais ce sera clair et net. On ne peut plus continuer comme ça. [...] Je ne profère pas de menaces mais je protège l'institution. [...] Alors, que les gens soient mécontents, oui. Que les gens râlent, oui. Que les gens soient déçus, oui. Que les gens soient exaspérés, oui. Que les gens disent "Mais qu'est-ce qu'il fabrique Gervais Martel ?", oui. Que les gens disent "Mammadov, il se fout de notre gueule", oui. Mais bien sûr que oui, ils peuvent dire tout cela ! Vous savez, il n'y a pas plus supporter du club que moi, je comprends. Et je suis aussi triste qu'eux quand j'en prends quatre à Caen ou quand on se fait battre par Évian. Ok ! Mais les adeptes du "y'a qu'à" et "faut qu'on" n'ont jamais rien réglé. Ces gens n'agissent ni dans l'intérêt du club, ni dans l'intérêt de l'entité, ni dans l'intérêt des supporters. Car les vrais supporters sont l'une des plus grandes valeurs du club. Aujourd'hui, on est en train, par des mouvements de contestation, de foutre en l'air le cœur du noyau du club. Si un jour des gens investissent dans le Racing, ils le feront aussi par rapport aux supporters. mais ils ne le feront pas par rapport à des manifestations extrémistes. Donc il faut qu'aujourd'hui, tout le monde retrouve raison. »

Lance

Vous pouvez lire l'interview complète de Gervais Martel (six pages) dans le numéro de mars de But ! Lens (dans les kiosques samedi).

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