Un Derby du Nord qui ne se joue pas dans le Nord...

Publié le par Lance

Un Derby du Nord qui ne se joue pas dans le Nord...

Pour la première fois de l'histoire*, Lens et Lille ne s'affronteront pas en Championnat dans le Nord-Pas-de-Calais, dimanche. "J’aurais préféré le jouer à Bollaert, regrette Gervais Martel, car un Derby, dans le sens entier du terme, veut dire qu’on le joue sur un terrain du Nord-Pas de Calais. Malheureusement on le jouera par la force des choses au Stade de France donc ça perd un peu de piquant et de saveur." Alors que le Derby ne se limite d'ordinaire pas au match sur la pelouse et que la compétition gagne aussi les tribunes, les retrouvailles entre les deux clubs auront lieu dans une enceinte à moitié vide.

Bollaert en travaux en vue de l'Euro 2016, il aurait évidemment était logique de disputer ce rendez-vous au Stade du Hainaut (Valenciennes) ou au Stade Pierre Mauroy (Villeneuve d'Ascq). Jean-Raymond Legrand (ancien président du VAFC) et Michel Seydoux (président du LOSC) ont cependant refusé d'accueillir un club qui a pourtant mis par le passé ses installations à la disposition du VAFC et du LOSC. "Je ne le digèrerai jamais, annonce Gervais Martel. Maintenant je ne suis pas un pleureur ou quelqu’un qui regarde toujours en arrière. Ce qui m’intéresse, c’est demain. Demain c’est maintenir le club en Ligue 1 et revenir jouer à Bollaert. On m’a refusé de jouer au Grand Stade. On m’a proposé de jouer six matches à Valenciennes. Pas sept, pas huit, pas neuf. Six ! 100 000 euros de location du stade et 500 000 euros pour la pelouse… On m’a proposé de jouer à Villeneuve d’Ascq avec des frais de sécurité variant de 45 0000 à 130 000 euros par match. Coût exorbitant ! Alors que j’ai fait revenir les prix de la Trannin à moins de trois euros... Je ne pouvais pas faire de dépenses inconsidérées pour jouer douze matches dans le Nord-Pas de Calais, trois matches au Stade de France et il me manquait encore un endroit pour jouer quatre matches ! C’était impossible financièrement ! [...] Clairement, on n’a pas voulu de nous dans le Nord-Pas-de-Calais !"

En janvier 2011, Michel Seydoux avait pourtant indiqué que son club - qui a disputé sept matches de Ligue des Champions à Bollaert lors des saisons 2001-02 et 2006-07 - serait prêt à aider son voisin s'il se retrouvait sans stade. "Bien sûr que je prêterai mon stade si Lens en a besoin un jour, promettait le président lillois. Quand je suis arrivé au LOSC, on m'a dit que seul le Derby comptait. Je crois avoir amélioré les relations entre nos deux clubs et je continuerai à le faire. Bien sûr que si un jour il y a un problème à Bollaert, le Grand Stade sera ouvert au RC Lens." Seydoux a en fait ajouté un peu plus d'animosité entre les deux clubs. "Depuis trois mois, on a réalisé un travail de fond pour voir quelles étaient les possibilités pour les accueillir. J'ai consulté tous les services de la préfecture du Nord en terme de sécurité ou de transports, avait tenté de faire croire Seydoux en janvier 2014, avant que la Préfecture ne démente ses propos. Et on est arrivé à la conclusion qu'il était techniquement impossible de recevoir le RC Lens pendant dix-huit mois minimum au stade Pierre-Mauroy. En terme de transport, il faut savoir que 10 000 à 12 000 supporters du LOSC viennent au stade en transports en commun. Ce ne sera pas pareil avec les supporters lensois qui viendront plutôt en voiture. Cela va créer des problèmes d'accessibilité au stade et augmenter les problèmes de parking tout autour de l'enceinte. Les conditions ne sont pas non plus remplies en terme de sécurité. Quand je prends l'autoroute, je vois encore des tags qui datent d'au moins huit ans disant «Non au LOSC à Bollaert». Si Lens vient jouer à Lille, il y aura des jaloux car malheureusement, chez les supporters du LOSC et de Lens, il y a une minorité de crétins qui pourraient causer des dégradations à cause de jalousies. Ce n'est pas facile à gérer en terme de sécurité. Et puis, il y a aussi un problème de pelouse. Elle ne pourrait pas tenir le choc si deux équipes jouent dans le même stade."

Le producteur de cinéma avait fini par admettre la véritable raison de son refus d'accueillir Lens au Stade Pierre Mauroy. Comme Jean-Raymond Legrand ("Lens est un concurrent direct au niveau des partenaires économiques mais aussi du taux de remplissage du stade. Amener un concurrent dans son enceinte, c’est se mettre des bâtons dans les roues. C’est comme si on faisait venir une entreprise concurrente dans sa propre maison. Moi, je me bats pour remplir un stade à chaque match. On a Lille et Lens à côté et ce n’est pas facile. Si on veut nous mettre un concurrent régional chez nous, ça va nous compliquer la tâche."), Michel Seydoux craint la concurrence du RCL. "On a investi beaucoup d’argent pour développer un stade et notre fonds de commerce. Imaginons, par exemple, que Lens joue beaucoup mieux que nous… Nos clients vont nous dire qu’ils préféreront venir voir le Racing…" Seulement 2 000 "clients" lillois sont annoncés dimanche dans le virage Nord du Stade de France. Si les Dogues n'ont pas quitté le LOSC pour le RCL, l'immense majorité d'entre eux n'ont pas envie d'effectuer un des déplacement les plus courts de la saison pour voir leur équipe.

Lance

* Les deux clubs se sont affrontés à trois reprises en dehors de la région Nord-Pas-de-Calais. C'était à chaque fois dans le cadre de matches de Coupe : finale de la Coupe de France 1948 à Colombes (victoire de Lille, 2-1) ; 1/32 de finale de la Coupe de France 1963 à Saint-Ouen (victoire de Lille, 2-1), le stade de Valenciennes où avait été programmé la rencontre étant gelé ; 1/16 de finale de Coupe de la Ligue à Amiens (victoire de Lens, 1-0), le stade Bollaert accueillant le match de Coupe du Monde de Rugby entre la Géorgie et la Namibie.

Photo : rclens.fr

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